martedì 14 maggio 2024

14 pays africains contraints par la France à payer le seigneuriage

« La politique coloniale, c'est la politique économique de la France! » 
JULES FERRY

28 février 2014

Photo : Foccart & Houphouet-Boigny, les pères fondateurs de la françafrique
Le saviez-vous ? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !
Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française.
Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé : les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés ; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnée.

giovedì 9 luglio 2015

Pourquoi un débat scientifique sur le franc CFA est-il tabou ?

Pourquoi un débat scientifique sur le franc CFA est-il tabou ?

Présentation du modèle d'une coupure de 10 000 francs CFA (6,5 euros), 23 juin 2003, Abidjan.
Depuis l’indépendance des pays africains, plusieurs chercheurs ont analysé les problèmes de développement de ces pays. Certains auteurs comme René Dumont ont relevé l’impréparation de ces nouveaux pays indépendants. D’autres comme Axelle Kabou ou Jean-Marc Ela ont souligné la responsabilité des dirigeants africains tandis que d’autres à l’instar de Stephen Smith ont avancé que les problèmes de l’Afrique sont inhérents au fait d’être africain.
Pour expliquer les maux dont souffre l’Afrique, plusieurs ont aussi identifié le rôle de facteurs exogènes. On pense notamment aux réflexions de François-Xavier Verschave et de Jean-Pierre Dozon sur le rôle trouble de la Françafrique. D’autres chercheurs ont, pour leur part, interrogé le rôle des entreprises étrangères, notamment les sociétés minières canadiennes. On pense ici aux travaux d’Alain Denault. Des recherches ont été également menées sur le rôle d’Elf en Afrique, avec l’ouvrage de Nicolas Lambert.

 
Malheureusement, rares ont été les réflexions de scientifiques africains sur la responsabilité du système économique et monétaire africain dans la perpétuation du sous-développement. On peut citer entre autres les recherches menées par Nicolas Agbohou sur le franc CFA et l’euro accusés de travailler contre l’Afrique ou celles de Mamadou Koulibaly sur les raisons du sous-développement en Afrique.

L’improvisation des dirigeants

A ces voix, on peut ajouter celle de Kako Nubukpo. Auteur prolifique, s’il en est, il est surtout connu pour avoir écrit des articles et ouvrages critiques sur les politiques monétaires en Afrique. Dans son livre L’improvisation économique en Afrique de l’Ouest : du coton au franc CFA, Kako Nubukpo (2011, pp. 10-11) explique : « L’improvisation semble être le maître mot de ces dirigeants, incapables de penser le long terme et dont la seule préoccupation, lorsqu’elle ne se résume pas à un pillage systématique des ressources publiques, consiste à tenter de circonscrire les conséquences de la dégringolade du niveau de vie des populations. »
Ministre auprès de la présidence de la République, chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques dans le gouvernement togolais depuis 2013, Kako Nubukpo, lors de conférences publiques sur l’économie tenues à Lomé (Togo) en février et mars 2015, souligne la nécessité de repenser l’arrimage du franc CFA à l’euro et réitère ses propos sur la « servitude volontaire » de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) par rapport aux instances internationales régissant les politiques monétaires. En mai 2015, le directeur national de la BCEAO écrit au gouverneur de la BCEAO pour rapporter les propos du ministre et réclamer qu’il soit démis de ses fonctions ou qu’il soit bâillonné.

 
Pourquoi est-ce encore tabou, en 2015, pour un chercheur africain de critiquer le système économico-financier africain mis en place bien avant les indépendances ? Pourquoi est-ce encore difficile pour les chercheurs africains d’interroger un système néopatrimonial fondé sur des relations asymétriques entre la France et l’Afrique, la Chine et l’Afrique, l’Inde et l’Afrique, etc. ? Le chercheur africain doit-il continuer à rester dans la posture de l’observateur détaché des contingences de ce bas monde ?

Libérer la parole

La BCEAO gagnerait à accepter que le débat soit ouvert sur ses orientations économiques et sur ses politiques monétaires. Il serait pertinent que ce débat soit ouvert à la communauté des chercheurs africains pour qu’ils puissent réfléchir et proposer des solutions endogènes à ces questions. Refuser un tel débat ne suscite que suspicions sur le travail et le rôle de la BCEAO.
Avec le cas de Kako Nubukpo et quelques-uns avant lui, l’Afrique se retrouve dans une situation bien particulière : dans un contexte de démocratie balbutiante, et de processus de développement atone, il urge que la parole se libère et que les chercheurs et les ministres africains puissent prendre la parole sans langue de bois. Il y va du respect que portent les autres nations envers les Africains.
Christian Agbobli est professeur au département de communication sociale et publique de l’université du Québec, à Montréal.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/04/pourquoi-un-debat-scientifique-sur-le-franc-cfa-est-il-tabou_4647272_3212.html#rCcjBtZDU63r6DU3.99

mercoledì 8 luglio 2015

« Le franc CFA freine le développement de l’Afrique »

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/07/08/le-franc-cfa-freine-le-developpement-de-l-afrique_4675137_3212.html#

Coupures de 10 000 francs CFA  (15 euros).
Invité des 3es Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, tenues du 3 au 5 juillet, l’économiste Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la prospective, revient sur l’urgence de revoir l’arrimage à l’euro du franc CFA (Communauté financière africaine), la monnaie des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Seize pays dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, le Togo et le Gabon utilisent cette monnaie créée en 1945. Le franc CFA a une parité fixe avec l’euro et les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor public français. Selon un rapport de la zone franc, la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale) et la BCEAO (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), les deux banques centrales de la zone franc, disposaient en 2005 de plus de 3 600 milliards de francs CFA (environ 72 milliards d’euros) auprès du Trésor français. Pour Kako Nubukpo, rien n’empêche les pays concernés d’en faire usage pour accompagner leur croissance.
Le franc CFA est-il un frein au développement des pays africains qui l’utilisent ?
La monnaie doit être au service de la croissance et du développement. Pour cela, il faut des crédits. Or le ratio crédit à l’économie sur PIB dans les pays de la zone franc est de 23 % quand il est de plus de 100 % dans la zone euro. [Si bien qu’il] est quasiment impossible pour nos pays de rattraper les économies émergentes si le franc CFA reste arrimé à l’euro. Ne faut-il pas envisager des régimes de change alternatifs un peu plus flexibles pour financer l’émergence ?
Si cet arrimage était une garantie de stabilité monétaire dans la zone franc et qu’en contrepartie, ces pays avaient des taux de croissance relativement faibles, on pourrait considérer que l’arbitrage fait à la création du franc CFA en 1945, confirmé à la création de l’euro en 1999, a son sens. Mais on voit bien avec le cas de la Grèce qu’une économie faible qui a une monnaie forte engendre des ajustements très difficiles à soutenir. Comment pouvons-nous avoir un discours crédible sur l’émergence si nous ne touchons pas aux outils dont nous disposons ? Il faut revoir l’arrimage fixe du franc CFA à l’euro, si nous voulons développer nos économies.
Quelle est votre solution, sortir de la zone franc ?
Nous pouvons au moins procéder par étapes. Il faut remettre sur la table les objectifs des deux banques centrales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ainsi que leur capacité à financer la croissance économique et évaluer la qualité de leur gestion monétaire. Qu’est-ce qui empêche d’ouvrir ce débat ? La seconde étape consisterait à modifier le régime de change pour aller vers un régime plus flexible avec, par exemple, un arrimage du CFA à un panier de devises. Cela va supposer de revoir le dispositif institutionnel. Aujourd’hui, le franc CFA via son rattachement à l’euro est beaucoup plus déterminé par les événements au sein de la zone euro que par la conjoncture au sein de la zone franc. C’est une hérésie !
Mais les 16 pays de la zone franc ont-ils la capacité d’avoir une monnaie unique autre que le CFA ?
« Le franc CFA via son rattachement à l’euro est beaucoup plus déterminé par les événements au sein de la zone euro que par la conjoncture au sein de la zone franc. »
Il n’est même pas nécessaire d’aller jusque-là. Ce qu’il faut, c’est que les dirigeants africains fassent preuve de responsabilité et ouvrent le débat sur la gestion monétaire. C’est un exercice démocratique auquel nous devons tous participer. Les gouverneurs de nos banques centrales doivent expliquer les fondements de leur politique monétaire, comme le font tous les gouverneurs de banques centrales. Je n’ai jamais entendu le gouverneur de la BCEAO ou de la BEAC s’exprimer devant un parlement quelconque. Dans l’absolu, ce n’est pas impossible d’avoir une monnaie qui nous soit propre, puisqu’il s’agit d’un élément de la souveraineté nationale. Les autres pays africains ont leur propre monnaie, cela ne pose aucun problème.
Pourquoi ce débat sur le franc CFA et sa parité fixe à l’euro est tabou ?
« On ne peut pas en même temps revendiquer notre indépendance et attendre que ce soit l’ancien colonisateur qui nous donne l’autorisation d’agir. »
Les termes du débat sont parfois mal posés. Certains en parlent en termes de panafricanisme ou de revendication identitaire. C’est une approche contre-productive. Nous devons d’abord définir le modèle de société que nous voulons construire. Cela permettrait de dépassionner le sujet. A quoi cela rime-t-il de bomber le torse en prétendant avoir une nouvelle monnaie que nous serons incapables de gérer ? Tout n’est pas mauvais dans la situation actuelle : la centralisation des réserves de change, par exemple, est une forme de solidarité entre les Etats qu’il est important de préserver.
La question de la souveraineté qui sous-tend ce débat est plus que légitime. Car, il est inconcevable que 55 ans après les indépendances, les pays de la zone franc continuent d’avoir une monnaie physiquement fabriquée en France, d’avoir leurs réserves de change déposées auprès du Trésor public français. Mais il ne faut pas penser que la monnaie est l’alpha et l’oméga du processus de développement et de croissance de l’Afrique. Il y a des questions liées à la gouvernance et à la démocratie, à la productivité et à la compétitivité que nos pays doivent résoudre.
La France a-t-elle intérêt à faciliter l’ouverture de ce débat ?
Mais la France a officiellement ouvert le débat, si l’on s’en tient aux déclarations de François Hollande, en octobre 2012, à Dakar, où il encourageait les gouverneurs de nos banques centrales à utiliser de façon plus active les réserves de change dont les Etats de la zone franc disposent auprès du Trésor public français. Peut-on demander plus ? On ne peut pas en même temps revendiquer notre indépendance et attendre que ce soit l’ancien colonisateur qui nous donne l’autorisation d’agir. C’est à nous de demander à utiliser de ce qui nous revient. C’est seulement s’il y a blocage que nous pourrions faire un procès d’intention à la France.
Pourquoi, selon vous, les pays de la zone franc n’utilisent pas les quelque 3 600 milliards de francs CFA (rapport de 2005) dont ils disposent auprès du Trésor public à Paris ?
C’est ce que j’appelle la servitude volontaire. Personne n’interdit à nos pays d’utiliser le volet excédentaire des réserves de change pour financer la croissance. L’accord signé avec la France en 1945, dans le cadre du fonctionnement du compte d’opérations avec le Trésor, était qu’elle couvre l’émission monétaire des pays de la zone franc à hauteur de 20 %. Aujourd’hui, nous la couvrons quasiment à 100 %. Cela veut dire que nous n’avons plus besoin de l’« assureur » qu’est la France pour avoir la fixité entre le CFA et l’euro. Les dirigeants africains doivent prendre leurs responsabilités. C’est à nous d’assumer notre destin, ce n’est pas à la France de le faire pour nous.